Réponse à l’article : « Les étudiants font le président »

Réponse d’Adrian Brun, Vice-Président Etudiant de l’Université Paris Descartes à l’article « Les Etudiants font le président » posté par Pierre Dubois sur son blog (http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/01/10/les-etudiants-font-le-president/)

Monsieur Dubois,

Je me permets de vous écrire suite à l’article de votre blog intitulé « Les étudiants font le président« . Bien qu’ayant depuis quelque temps l’habitude de lire la plupart de vos contributions, ce dernier article m’a particulièrement touché puisqu’il concerne en partie l’université Paris Descartes dont je suis étudiant, mais également pour encore quelques jours, Vice-président.

Bien que ne souhaitant pas me présenter à un nouveau mandat à ce poste, j’ai participé à la campagne des associations membres du réseau de la Fédération des Associations Générales Etudiantes –la FAGE-, rassemblées autour de l’Association Générale des Etudiants de Paris –l’AGEP– .

Vous commencez votre deuxième paragraphe par cette phrase : « Par contre, je trouve hautement criti[qu]able les “petits arrangements entre amis” qui se déroulent dans les couloirs ». Comment ne pas être d’accord avec vous ?

Mais la question que je me pose, c’est comment vous parvenez à la conclusion que c’est ce qui s’est passé, entre autre, à l’université Paris Descartes ? Considérez-vous que les élus étudiants n’ont pas pu faire leur choix de manière réfléchie ?

Il y a probablement un certain nombre de critiques à avoir concernant le mode d’élection du président d’université. Cependant, la règle est aujourd’hui telle qu’elle est. Auriez-vous préféré que les élus étudiants, dans cette configuration, s’abstiennent de tout dialogue avec les candidats ou encore, s’abstiennent de voter ?

Le système fonctionnant avec une « prime à la majorité » pour ce qui est de l’élection des enseignants-chercheurs, aucun des candidats à la présidence n’avait la majorité à l’issu de ce scrutin. Ces derniers n’ayant pas présenté de liste à l’élection des personnels BIATS, il se trouve que les élus étudiants se sont en effet vus attribuer la responsabilité de participer activement au choix du président de leur université. Cette configuration m’apparaît plutôt démocratique, bien que délicate, je le comprends bien.

Entre le jour des résultats à l’élection des représentants aux conseils centraux et celui de l’élection du président de l’université, les élus étudiants ont eu plus de 50 heures de rendez-vous, plus de 10 réunions entre eux, et plusieurs dizaines de courriels échangés. Ils ont en effet rencontré les candidats à plusieurs reprises, ainsi qu’un certain nombre de leurs soutiens, les représentants des personnels BIATS et les représentants de la troisième liste d’enseignants-chercheurs.

Leur réflexion s’est basée non pas sur ce que le candidat pouvait promettre aux étudiants, mais sur le choix du meilleur président pour toute la communauté universitaire.

Dans un contexte dans lequel il y avait trois listes d’ enseignants-chercheurs représentées, comment pouvez-vous savoir que Frédéric Dardel n’a pas eu l’appui de la troisième liste, ayant alors autant de soutien de la part des enseignants-chercheurs que Christian Boitard ? J’ai bien compris que ce n’est pas ce que vous disiez, mais je considère pour ma part que c’est avec l’ensemble des élus qu’il faut compter et non pas seulement en considérant le résultat « brut » du scrutin.

Avec cette prime à la majorité, comment savoir si au total le nombre d’ enseignants-chercheurs ayant voté pour Frédéric Dardel n’est pas supérieur à celui ayant voté pour Christian Boitard ? Et quelle que soit la réponse à cette dernière question, un candidat ayant une poignée de voix d’avance -auprès des enseignants-chercheurs- sur son concurrent a-t-il plus de légitimité que celui qui obtient le soutien des personnels BIATS et des étudiants après mure réflexion (correspondant alors à une majorité représentative de la communauté universitaire) ?

Je comprends votre point de vue qui est de dire que les étudiants doivent, bien entendu, pouvoir s’exprimer à ce sujet, mais qu’ils ne peuvent pas décider pour les enseignants-chercheurs et surtout pas dans les conditions dans lesquelles ils le font, parfois même à l’encontre du choix de ces mêmes enseignants-chercheurs. Je comprends aussi la priorité absolue que vous donnez à la voix de ces derniers, bien que je m’en attriste. Mais je suis déçu que vous mettiez tout le monde dans le même panier, considérant de fait que le choix n’a été fait que d’arrangements de couloirs.

Je ne dis pas que nous avons été parfaits. Je dis juste que les représentants étudiants peuvent considérer tout autant la communauté universitaire que les étudiants, ils peuvent comprendre que pour avoir une université qui va dans le bon sens pour les étudiants, il faut qu’elle aille dans le bon sens pour tout le monde.

Et enfin, je dis que les enseignants-chercheurs peuvent faire des erreurs…

En espérant vous avoir éclairé sur notre démarche et notre vision des choses,

Très cordialement,

Adrian Brun

Adrian BRUN

Chargé de mission enseignement supérieur de l’AGEP